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Rythmes scolaires, quelle école ?

Rythmes scolaires, quelle école ?

Texte proposé par Jérôme Hoeve

Introduction

Cette contribution a pour but de faire le point sur nos orientations et nos revendications en ce qui concerne l’école à laquelle nous aspirons. Elle reprend pour partie le texte « Pour quelle école militons-nous ? » proposé par Philippe Lépicier lors du congrès de 2009 et les récents textes proposés en CF dans les débats sur les rythmes scolaires. Les parties orientations et revendications sont à votées séparément, tout comme chaque revendication

Contexte

Dans le cadre des accords conclus au sein de l’OMC par l’AGCS voté les yeux fermés par nos députés en 1995, l’école se dirige tout droit vers la privatisation. « L’objectif central des systèmes éducatifs est d’aider l’Europe à devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive » (Traité de Lisbonne – 2000). L’École est un marché qu’il faut développer pour soutenir la croissance économique. Et aussi, elle doit être instrumentalisée au service de la compétitivité des entreprises. Son fonctionnement est de plus en plus proche de celui des entreprises. On a ainsi vu apparaître des « contrats d’objectifs » dans les écoles avec des « cibles » chiffrées à atteindre, les programmes sont réduits au socle commun de compétences afin d’évaluer la performance des élèves au travers du Livret Personnel de Compétences (LPC). Même si la pression hiérarchique n’est pas encore du niveau de ce que peuvent connaître les travailleurs du privé, elle se fait de plus en plus pressante. Nous avons un devoir d’obéissance...
La réforme des rythmes scolaires impulsée par Peillon s’inscrit directement dans ce projet politique.

Éléments d’analyse

L’école primaire et encore plus l’enseignement secondaire sont basés sur un temps mécanique et répétitif – cours de 45 minutes par exemple. Les élèves sont confrontés à des cadences de travail trop importantes ce qui a conduit à dire que « la journée des élèves est trop longue ». Dans le premier degré, il a donc été décidé de réduire le temps de travail scolaire hebdomadaire (sauf dérogation) pour que le temps d’école corresponde mieux aux temps de cerveau disponible. La journée de travail des parents n’étant pas, elle, réduite, il a été instauré un temps d’activité péri-éducative (TAP) pour combler le vide en offrant des créneaux d’intervention hors éducation nationale aux associations diverses et variées pour occuper les enfants. Il s’agit ni plus ni moins que de la marchandisation d’un temps éducatif et au final, la journée des enfants reste calquée sur celle du travail de leurs parents...
L’organisation voulue par Peillon conduit à une très grande inégalité territoriale de l’offre éducative en fonction des moyens économiques dont disposent les communes ou les communautés de communes, des choix politiques locaux... Il s’agit d’éducation et plus d’Éducation Nationale

Rien n’interdit que des associations à caractère religieux interviennent dans le cadre des TAP.

La multiplication des interventions extérieures sur des temps courts ne permet plus de générer une vision globale de l’éducation. Le morcellement des activités empêche une réelle approche polytechnique de l’école.

Pour fonctionner le projet Peillon multiplie les emplois précaires sur des temps incomplets et dégrade considérablement les conditions de travail des enseignants en hachant leur temps d’intervention.

Le compte n’y est pas

Le débat autour de la réforme sur les rythmes s’est très vite réduit à taper 1 si tu es pour la semaine de 4 jours, taper 2 si tu es pour la semaine de 4,5 jours. Comme si ce choix à lui seul allait résoudre tous les maux de l’école. Pourtant, la réforme Peillon ne prend pas ou peu en compte la réalité de l’enfant et de l’école :
la journée des enfants reste la même, le déroulement de l’année aussi
les programmes sont toujours inadaptés
le temps non contraint, où l’enfant peut évoluer à sa guise, n’est pas pris en compte
la semaine est ré-organisée sans tenir compte des avis scientifiques
l’enfant doit apprendre au sein de groupes toujours trop nombreux

L’école voulue par Sud Éducation (orientations soumises au vote)

C’est le rôle des syndicats que de favoriser la prise de conscience de l’importance des transformations du service public d’éducation. Le lien entre mouvement syndical et mouvement pédagogique doit être resserré pour que le discours économique ne prenne pas le pas sur le discours éducatif qui vise à former des individus autonomes, responsables, cultivés, des citoyens convaincus que l’épanouissement de l’Humanité passe par la mise en place de solidarités à tous les niveaux ; la somme des intérêts particuliers n’a jamais fait l’intérêt général.

Sud Éducation - Congrès de Roubaix (2000) :

Sud Éducation se réclame de l’héritage historique d’un syndicalisme de rupture avec la société capitaliste, tout en s’appuyant sur un mode fonctionnement autogestionnaire, anti-autoritaire et démocratique, préfigurant une autre société.
Nous nous situons également aux côtés de militants pédagogiques, qui, loin de se cantonner dans la simple technicité de l’éducatif, inscrivent leur réflexion et leur action dans un projet de remise en cause des valeurs auxquelles se fonde la société capitaliste. Nous sommes résolument hostiles à la culture du profit, à la compétition de tous contre tous, à la hiérarchisation des savoirs et des individus, à l’autoritarisme dans les relations adultes-enfants.

Sud Éducation - Congrès de Lyon (1998) :

Il est décidément urgent d’œuvrer pour une école :

  • qui forme des citoyens libres, des individus critiques, conscients de la pluralité des modes de pensée, à même d’analyser la société dans laquelle ils vivent et d’agir pour la transformer.
  • qui forme des citoyens égaux au sein d’une institution laïque où l’individu peut s’enrichir au contact des autres, de leurs origines, de leurs singularités et de la diversité de leurs situations, et dans laquelle les droits sont les mêmes pour tous.
  • qui par la gratuité réelle permette l’accès de tous à un véritable service Public d’Éducation préservé des pressions de toutes sortes.
  • qui valorise un enseignement général approfondi et rigoureux disposant de moyens équivalents pour tous, sans filières, sans ghettoïsation selon les zones géographiques, ce qui suppose le refus de la concurrence entre les individus, les projets et les établissements.
  • qui définisse les exigences au regard des fins rationnelles et politiques à poursuivre et refuse donc de répondre à des besoins d’adaptation des élèves à la pression sociale du moment.
  • qui fournisse à tous les élèves les outils d’un travail intellectuel cohérent et méthodique, qui cesse de fractionner le savoir en le réduisant à des procédures ou des techniques qui ne visent pas à fonder un jugement, mais réduisent l’élève à être évalué selon des objectifs partiels sur lesquels il n’a pas prise, où les connaissances dans les domaines de la santé, de la psychologie de l’enfant et des méthodes d’apprentissage puissent être mises en œuvre dès que nécessaire.
  • dont les personnels auront la responsabilité reconnue de déterminer les moyens nécessaires (en effectifs, en équipements, en locaux ...) pour assurer vraiment l’égalité.
  • qui ouvre à chaque élève de vrais lieux de réflexion, d’expression, de décision, de communication et de coopération.

Les revendications de SUD éducation 49

La nécessité de changer l’école, de revoir les rythmes de cette dernière est évidente, pour laisser du temps aux apprentissages, en faire un lieu de bien-être où chacun a sa place. Ces propositions sont largement inspirées d’un texte de SUD éducation Loire proposé au CF de novembre 2013. Elles ont pour but de clarifier nos positions concernant l’école primaire afin de permettre une expression claire sur le sujet.

Nous revendiquons pour les élèves et les personnels (votes séparés) :

  1. 1. la nationalisation des écoles privées sous contrat sans indemnité ni compensation et l’intégration des personnels qui le souhaitent
  2. 2. la mise en place de RASED complets sur tous les territoires, avec avec des collègues des différentes spécialités (pédagogiques, rééducatives et psychologiques), qui ne doivent être ni fusionnées ni supprimées mais reconnues et maintenues dans leur spécificités
  3. 3. repenser les programmes :
  4. a) abandon du socle commun de compétences
  5. b) en concevoir les contenus pour laisser du temps à la manipulation, l’expérimentation, la recherche...
  6. c) inscrire dans les programmes la possibilité du travail coopératif, de la pédagogie de projet...
  7. 4. réduire de manière significative les effectifs par classe (voir à ce sujet les conclusion de l’enquête STAR)
  8. 5. 25h d’enseignement hebdomadaire réparties sur 5 jours avec une durée d’école égale sur ces 5 journées et réduite à 5h par jour, car ce sont des journées réduites et égales qui sont les plus adaptées aux rythmes des enfants/élèves. La revendication des 26h d’enseignement n’a de sens que dans le cadre d’un retour à la situation d’avant 2008 avec 1 samedi sur 3 de libéré.
  9. 6. La prise en charge des enfants avant et après la classe par un service public périscolaire gratuit, assuré par des fonctionnaires formé-e-s, de droit pour tous les élèves et non obligatoire, avec horaires souples pour les familles.
  10. 7. Un temps hebdomadaire de travail des enseignant-e-s à l’école de 26 heures réparties comme suit :
    1. a) 20h en charge de classe soit 4 jours de classe. Cela suppose d’assumer une rupture avec l’idée « 1 enseignant-e = 1 classe », qui est déjà largement de l’ordre du mythe avec les temps partiels et les différentes décharges, dont nous revendiquons l’augmentation (direction, syndicales, mouvements pédagogiques). Rien n’indique que la présence de deux enseignant-es pour une classe soit nuisible aux apprentissages. Les enseignant-e-s ayant un service fractionné entre différentes classes auront un temps de charge de classe réduit d’une journée (soit 15h par semaine).
    2. b) 3h pour la formation continue et la gestion de l’école (la 5e journée, sans charge de classe) pour moitié consacrées à des journées de formation continue choisie et pour moitié dédiées à des journées de gestion de l’école, dans le cadre d’une « direction » collégiale.
    3. c) 2h de concertation des équipes d’école par semaine (conseils des maîtres et des maîtresses) réparties selon les besoins des équipes.
    4. d) 1h annualisée (soit 36 heures sur l’année) pour les conseils d’école, les échanges avec les parents, les concertation avec les équipe du périscolaire et les autres relations (collectivités, collège, etc.)

mardi 11 novembre 2014, par administrateur du jeudi


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